ETHNOGRAPHIE MALAYĀḶAM ET PHILOSOPHIE EN ASIE DU SUD

sethu

Sētu (1942–)

http://www.sethu.org

Pāṇḍavapuram 1979
Niyogam 1988

Sethu [A. Sethumadhavan], Pandavapuram,
Translated from the Malayalam original by Prema Jayakumar,
Madras, Macmillan India Ltd., 1995.

L'incipit du roman: Le cauchemar de Devî abandonnée par Kunhi Kuttêttan

innale rātriyil, pativuḷḷa maṯṯoru pēṭisvapnattinuvēṇṭi kāttukiṭakke, apūrvamāya cila ōrmakaḷuṭe niṟappakiṭṭuḷḷa kuppiccillukal citaṟiccukoṇṭụ pāṇḍavapuraṃ eṉṯe manassilēkkụ kaṭannu vannu.

"Last night, as I lay waiting for the usual nightmare pēṭisvapnaṃ, Pandavapuram came into my mind manassilēkkụ, scattering the many-coloured glass-pieces of extraordinary memories."

pativụ = custom, routine, the usual practice

maṯṯoru = un (oru) autre (maṯṯụ)

arthāpatti «supposition»
Suppositions bonnes à penser même si elles sont fausses

Séminaire 2010-2011. Révision du 5 novembre 2013

La māyā, qui désigne les sortilèges de la nature et peut alternativement désigner une illusion délétère ou une fiction utile, l'ātman (le soi dans l'hindouisme) et l'an-ātman (le non-soi des bouddhistes) sont des points de vue sur l'expérience vécue. Pour le montrer je pars de récits et de dialogues. La philosophie européenne, dominée par ce qu'on a appelé le «programme apophantique» des grecs, a objectivé les énoncés en les libérant de leur contexte d'énonciation pour distinguer le vrai du faux. Ma démarche est, au contraire, de partir d'énonciations ethnographiquement situées. L'écriture de la pensée est une écriture de la voix qui dépend d'un contexte historique, social, culturel, linguistique. Dans mes lectures indiennes j'ai recensé cinq techniques d'écriture de la pensée: l'alternance entre dialogue et récit, les pensées rapportées au style indirect libre, la métalepse narrative (glissements d'un espace-temps à un autre), l'emploi des indexicaux (pronoms, adverbes, temps du verbe) et des noms propres comme embrayeurs vers la réalité virtuelle. Je me limite aux techniques [2] et [3], pensées rapportées au style indirect libre et métalepse narrative, que j'illustre brièvement sur l'exemple de Pāṇḍavapuraṃ. Le principe en est de forger des suppositions indispensables en pratique même si elles sont fausses dans l'absolu.

Une énonciation à la manière indienne est une supposition par laquelle nous nous projetons dans une réalité virtuelle ou fictive qui donne sens à la réalité observée. Les logiciens en sanskrit appellent arthāpatti une conclusion qui s'impose en pratique (inference from circumstances), la plus convaincante des inférences possibles (inference to the best explanation), que j'admets sans vérifier. L'exemple traditionnel des logiciens indiens est le suivant. Devadatta est obèse, mais il prétend ne jamais rien manger et à aucun moment de la journée on ne le voit manger. Comme il faut bien qu'il mange pour entretenir son obésité, je suppose que Devadatta mange la nuit. Une arthāpatti est une supposition nécessaire à l'interprétation d'une situation observée dans laquelle deux faits contraires sont tous les deux présents; je dois postuler un troisième fait qui explique à la fois l'opposition et la présence des deux premiers. Dans les arthāpatti portant sur la conscience de soi, le troisième fait, non observé mais postulé, est de nature métaphysique. Pour expliquer le lien entre les actes accomplis dans cette vie et les heurs et malheurs subis dans une vie future, nous postulons l'existence d'une permanence de l'identité personnelle à travers la pluralité de ses réincarnations. C'est une supposition métaphysique. Ces suppositions, loin d'être certaines ou d'avoir valeur de vérité, sont simplement d'utiles fictions.

Les illustrations abondent dans la littérature narrative et particulièrement dans la littérature de fiction contemporaine en malayalam. Pāṇḍavapuraṃ, par exemple, qui fait alterner les hallucinations de l'héroïne racontées au style indirect libre et la réalité de la vie ordinaire au Kerala, invite à philosopher à travers la fiction. Le temps du récit est ambigu; il se situe dans les premiers jours de la maladie mentale, à un moment où l'imaginaire n'est pas encore figé dans l'objectivité du délire, moment privilégié où la fiction est un instrument de connaissance philosophique. L'alternance entre les pensées rapportées au style indirect libre (le rêve, le délire, les souvenirs fragmentés) et les petits faits vrais de la vie quotidienne illustre la doctrine du saṃsāra (la roue des réincarnations): disparaître et réapparaître, d'une vie à une autre, d'un espace-temps à un autre espace-temps, de l'espace du dehors à l'espace du dedans. Le mari a pris la fuite pour revenir dans le délire de l'héroïne. Disparitions — prendre la fuite, abandonner sa femme et ses enfants, renoncer à sa position sociale et prendre la route ou simplement trouver la mort de quelque façon que ce soit — puis réapparitions dans un autre monde, la ville imaginaire de Pāṇḍavapuraṃ, ou dans le rôle d'un personnage de substitution, un amant visiteur (nous sommes chez les Nāyar du Kerala, modèle connu d'une société à maris visiteurs). Le lecteur est conduit à inverser le sens du regard qu'il porte sur cette histoire et considérer la réalité à partir du délire. Expérience de pensée, ou écriture de la pensée associant dialogue, récit et cognition.

Disparitions et réapparitions
Saṃsāra et fiction narrative

Sētu, Pāṇḍavapuraṃ (1979), livre-culte en malayalam

Mercredi 23 février 2011

Sētu publia Pāṇḍavapuraṃ en 1979 et l'on peut supposer que la scène se passe au cours des années soixante dans une petite ville de l'ancien royaume de Cochin disposant d'une gare de chemin de fer. Devî, une femme nâyar abandonnée par son mari, s'invente des amants visiteurs. Deux caractéristiques des mariages traditionnels chez les Nâyar du Kerala motivent cette histoire: les maris visiteurs, et les épouses abandonnées. Dans ce système de parenté à résidence matrilocale, les hommes n'étaient jamais qu'en visite chez leur femme, qu'ils abandonnaient d'ailleurs du jour au lendemain sans états d'âme.

Kunhikkuttêttan a disparu sans laisser de traces. Devî, abandonnée, sombre dans un délire hallucinatoire en inventant une ville imaginaire, Pândavapuram où son mari (dit-elle) est parti trouver du travail; elle passe ses journées à la gare attendant ses amants — substituts du mari disparu — qui viennent de Pândavapuram lui rendre visite et qu'elle éconduit en rêve l'un après l'autre. Le récit faisant alterner les hallucinations racontées au style indirect libre et la réalité de la vie ordinaire au Kerala épouse la dialectique du Saṃsāra et de la Māyā: chacun de nous est destiné à disparaître de ce monde-ci et réapparaître dans une autre vie qui n'est illusion que pour les esprits forts.

Pāṇḍavapuraṃ invite à philosopher à travers la fiction narrative. Le temps du récit est ambigu. Il se situe certainement dans les premiers jours du délire, dans une durée nécessairement brève où ses collègues (elle est institutrice) et ses élèves s'interrogent sur ce qui arrive à Devî et espèrent encore la voir revenir à l'école; elle est restée seule avec son petit garçon, Raghu, qui attend le retour de son père. Le récit se situe à un moment où l'imaginaire n'est pas encore figé dans l'objectivité du délire, moment privilégié où la fiction est un instrument de connaissance philosophique. L'alternance entre les pensées rapportées au style indirect libre (le rêve, le délire, les souvenirs fragmentés) et les petits faits vrais de la vie quotidienne illustre la doctrine du Saṃsāra: Disparaître et réapparaître, d'une vie à une autre, d'un espace-temps à un autre espace-temps, de l'espace du dehors à l'espace du dedans. Disparitions — prendre la fuite, abandonner sa femme et ses enfants, renoncer à sa position sociale et prendre la Route ou simplement trouver la mort de quelque façon que ce soit — puis réapparitions dans un autre monde (la ville de Pândavapuram) ou dans le rôle d'un personnage de substitution (un amant visiteur). C'est aussi la reconstruction par la littérature d'une situation canonique de la Māyā: la réalité (les choses du Kerala, les gens de l'entourage de l'héroïne) est enchâssée dans la fiction. Un procédé utilisé en permanence, que j'appelle l'iconicité du langage, est l'énonciation des noms propres — noms de personne comme Kuññikkuṭṭēṭṭan et noms de lieu comme Pāṇḍavapuraṃ — et l'emploi d'une terminologie technique traditionnelle désignant les institutions et les choses du Kerala; ces noms et ces termes inscrivent la réalité environnante dans le délire de l'héroïne et fonctionnent si l'on peut dire comme des indexicaux à l'envers. Je veux dire que, inversement à l'indexicalité d'un énoncé entaché de subjectivité par la présence des pronoms et des adverbes, le délire (le monde imaginaire que construit l'héroïne) est ici lesté de réalité par la présence des noms propres et des termes traditionnels. Le lecteur est conduit à inverser le sens du regard qu'il porte sur cette histoire et considérer la réalité à partir du délire.

Ce n'est qu'un premier exemple qui sera complété de beaucoup d'autres dans les prochaines semaines.
Chaque séminaire part de thèmes et concepts illustrés par des dialogues ou des récits anciens (Upanisads, Milindapañha),
modernes (Sankara) ou contemporains (littérature malayalam).

Pāṇḍavapuraṃ, ville magique

Mercredi 9 mars 2011

On peut interpréter le délire de Devî comme une possession par les Gandharva-s, maîtres de magie et d'illusion qui construisent des cités imaginaires en façonnant les nuages du ciel. Equivalents indiens des châteaux en Espagne. En Inde la Ville, dans la polarité entre Ville et village, est une métaphore de tout ce qui est irréel, imaginaire, virtuel. Indian mythology abounds in stories about great cities that were simply not there. Being not there was originally expressed as being the creation of demons; demonic cities prevail throughout early Indian mythology.(*) Jeux de miroirs entre la Ville imaginaire et le village réel. C'est ce thème mythologique qu'illustre Pāṇḍavapuraṃ.

(*) Wendy Doniger O'Flaherty, Dreams, Illusion and Other Realities, Chicago, UCP, 1984, pp.258–269; sp.269

Le cauchemar de Raghu (pp.89–91)

1.0.0 Cadre global: Au village: Devî délire
1.1.0 Dans ce délire: Devî invente Pandavapuram
1.1.1 Un amant visiteur vient de Pândavapuram au village

Le visiteur est au village: il raconte Pândavapuram à Raghu

1.1.0 Dans ce délire: Raghu dort à côté de Devî et il fait un cauchemar.

(88) Shyamala and Raghu slept close to each other on the next bed. A delicate smile clung to Shyamala's lips in the dim moonlight. She must be dreaming. She was probably wandering in a colourful garden that is the preserve of youth. For her, the time to see the nightmares is still far off. May she never have to go in search of the consolation called Pandavapuram.

Raghu turned and muttered something in his sleep. The railway line at Pandavapuram, the night trains that run through, shaking the earth and scattering pieces of light, the green buses with small faces embedded in the glass windows must be before him now. He believes that Pandavapuram is real. He thinks that it is a magical worid one can reach, travelling by train.

1.0.0 Dans ce délire: Devî reconnaît avoir tissé elle-même le filet de Mâyâ
= 1.0.0 enchâssé dans 1.1.0

(88) Was it for this that you performed penance, worshipped at the temple of the goddess and invoked him here? Was it for this that you had carefully sorted the threads, woven the strands and made the net from which there could be no escape?

Un château de cartes: (89) like a house of cards

1.1.0 Dans ce délire: Raghu fait un cauchemar, Devî le réconforte.

Raghu woke with a cry. He was beating his hands and legs, calling for her. — "Raghu," she called out to him sofly. — The reply was another cry. — "Come, sleep near me." Still sobbing, half asleep, he came stumbling and tripping and fell near her. She held him close and kissed the wet eyes and cheeks. He was still shivering. — "Was it a nightmare?" — Burying his face in her breasts, with the relief of having found shelter, Raghu muttered, "Yes." — "What did you see?"

1.1.1 Dans le cauchemar de Raghu: à la gare attendant le train pour Pândavapuram

(89) "When I was waiting at the station to get into the train… I slipped and fell on the rails... by that time the train whistled… and the engine of the train came at me with a terrible noise…"

Raghu tombe sur les rails, il va être écrasé, il appelle sa mère, et elle rit avec son amant sur le quai.

I called out to you when I fell. But then you were laughing with him on the platform.

Devî réconforte Raghu, jamais elle ne l'abandonnera.
Il lui demande: m'emmèneras-tu? Où? A Pândavapuram.

1.1.2 Raghu à Pândavapuram: ton père te reconnaîtra.

1.1.0 Il se rendort: finalement lui aussi a des cauchemars (style indirect libre).

(90) Poor boy; Devi ran her fingers through his hair and thought: Finally he too has started getting nightmares. Nightmares have begun harassing him so early. He too thinks that Pandavapuram is true. He does not know that Pandavapuram is only a need as far as I am concerned.

Pandavapuram is an enormous need.

(91) I don't know why Kunhikuttettan threw me away like a used rag. I unravelled it and tied it up again, measured it and poured it out, but could reach no conclusion. I could never understand that man. Now I sit here and try to invoke moments which will not surrender themselves to my mind. I want a past, a past which has logic to it. Why did Kunhikuttettan leave me? What had I done? Yes, everything has its reason. When we go in search of that reason, the colours become clear in the crystal chandeliers in the temple at Pandavapuram. A number of faces, with their overripe colour, parade before me. I choose one among them and breathe life into my paramour. I can believe in a number of such unknown relationships now. If he had known that I was intimate with such a paramour, Kunhikuttettan would definitely have left me.

Elle aurait donc l'explication de son abandon; la Ville magique est une compensation dans l'imaginaire plus une explication du réel incompréhensible.

Pandavapuram, which I had built with handfuls of hopes piled one over the other, has now become a truth which startles even me. I dream about Pandavapuram now. I think only about Pandavapuram now. As I dream and dream, Pandavapuram becomes a truth. Pandavapuram is a consolation — only a consolation. Pandavapuram takes shape in those minds that are in need of consolation.

Voir la réalité à partir du délire

Mercredi 16 mars 2011

Pāṇḍavapuraṃ est la reconstruction par la littérature d'une situation canonique de la Māyā: la réalité (les choses du Kerala, les gens de l'entourage de l'héroïne) est enchâssée dans la fiction. Nous sommes ainsi conduits à opérer une révolution du regard et considérer la réalité à partir du délire. La Mâyâ? De petits faits vrais enchâssés dans la fiction. L'incipit est typique d'un roman «réaliste», un événement raconté dans un discours rapporté (monologue intérieur):

Sētu, Pāṇḍavapuraṃ (1979), texte malayalam page 9

innale rātriyil, pativuḷḷa maṯṯoru pēṭisvapnattinuvēṇṭi kāttukiṭakke, apūrvamāya cila ōrmakaḷuṭe niṟappakiṭṭuḷḷa kuppiccillukal citaṟiccukoṇṭụ pāṇḍavapuraṃ eṉṯe manassilēkkụ kaṭannu vannu.

"Last night, as I lay waiting for the usual nightmare pēṭisvapnaṃ, Pandavapuram came into my mind manassilēkkụ, scattering the many-coloured glass-pieces of extraordinary memories."

pativụ = custom, routine, the usual practice

maṯṯoru = un (oru) autre (maṯṯụ)

L'amant visiteur vient déréaliser le réel dans le délire de l'héroïne

Texte malayalam, pages 58–59

pandavapuram

[Dialogue, style direct]

"Devi..." his voice was tender. "I have a request. I can bear it if you don't believe me. But please do not misunderstand me. I told you right at the beginning that I did not have any ulterior motive. You have come to me defeated and weary, in search of shelter, so many times, when I could have been maddened by your presence in my room. I have never gone beyond the limits of polite behaviour with you even once. I have never shown the kind of excitement that any young man might be forgiven for showing in those moments. You might even have thought I was a man without any zest for life. It was not the thought of old world ideals like chastity that held me back. I could not even think of spoiling your purity. I liked you, just for the sheer pleasure of liking you."

[Récit avec dialogue enchâssé]

The shadow in the corner moved. Devi exploded, startling him, "If that is so... why are you so late? How many years is it since I returned from Pandavapuram with a small child? You never came in search of me, you did not even send a letter enquiring about my fate. And then you say that you liked me. Couldn't you at least have attempted to find out whether I had died of hunger? I waited so many days for you. I waited for a letter from you everyday. I went each evening to the railway station to wait for the train from the north. Affection..."

[Pensées rapportées <he> et discours rapporté <she>, style indirect libre avec indexicaux]

When he heard her spit out of the window, he was shocked. She had said...
He sat there stunned. She had waited? For whom? And why?
She said she had returned from Pandavapuram with a small child. When? When?
Was Devi trying to pay him back in the same coin he had offered her? Was she trying to trick him?

[Récit pur et simple = effet de réalité]

As he was struggling to clear his throat he saw Devi shut the door carefully and go away.

[Pensées rapportées]

He felt that more strands in the web of secrecy were being spun even as he thought about them. This plot of land, the house in the middle of it and the people in it were all sinking into the quicksand of secrets. This place was also getting to be both real and unreal at the same time, like Pandavapuram. Which was the truth? Which the lie? He lost himself in the question, unable to answer it.

NINE

['Monologue' intérieur, dont on voit que c'est plus exactement un dialogue intérieur]

Yes. I, can believe everything now. The thin fog between truth and fantasy has disappeared long since. Everything is true. His tired face and that unseen queer world of Pandavapuram which gave it birth and the Devi temple are all true. See, there he is in that room. He is probably leaning against the cot and dreaming. Last night I was able to give him a new face. I am satisfied. When my anger and bitterness against Kunhikuttettan boiled over, and caught me unawares, I felt like saying those things.

But now my thoughts are veering in another direction.
Did I not invoke him here for such a confrontation? Have I not longed to grind his, Kunhikuttettan's, every male hood into the dust under my feet?
Give me strength, O Goddess!

Vocabulaire, grammaire et stylistique de la Mâyâ

Pour comprendre la structure (ontologique) de ces jeux de miroirs entre le délire et la réalité, qui reproduit en littérature ce que les philosophes définissent comme l'illusion cosmique, c'est-à-dire le voile de Mâyâ, ma méthode est de porter attention à la structure (grammaticale) de l'énonciation, c'est-à-dire aux indexicaux, aux catégories de pensée et de langue (affection par exemple), aux formules stéréotypées (les fils qui trament la toile du secret par exemple) et à la stylistique du discours et du récit (dialogue, récit, pensées rapportées, etc.). La Mâyâ, du point de vue ontologique, ce sont des petits faits vrais enchâssés dans la fiction. Autrement dit, du point de vue grammatical, il n'y a pas de réalité ou de vérité absolue, c'est-à-dire indépendante d'un contexte d'énonciation. Toute réalité ou vérité est énoncée. L'ontologie (la réalité) est englobée dans la grammaire (l'énonciation).

"Devi..." his voice was tender. 'Dēvi…' ayāḷuṭe śabdaṃ ārdramāyirunnu.

It was not the thought of old world ideals like chastity that held me back. I could not even think of spoiling your purity. I liked you, just for the sheer pleasure of liking you.

pūrāṇaṅṅalil paṟayunna pātivratyattiṉṯe viśuddhi tuṭaṅṅiya saṅkalpaṅṅalonnumalla enne taṭuttuniṟttiyatụ. niṅṅale aśuddhamākkunnatinekkuṟiccụ enikkōrkkān vayyāyirunnu. enikku niṅṅale veṟute veṟute iṣṭamāyirunnu.

veṟute = in vain, uselessly, gratis, without payment.

J'avais de l'affection pour vous en vain en vain (sans être payé de retour).

You never came in search of me, you did not even send a letter enquiring about my fate. And then you say that you liked me.

vivaraṃ anvēṣiccukoṇṭụ oru kattupōluṃ ayaccilla. iṣṭamāṇatre !

I waited kāttirunnu so many days for you. I waited kāttirunnu for a letter kattụ from you everyday. I went each evening to the railway station to wait for the train from the north. Affection...

etranāl ñān niṅṅale kāttirunnu ! ōrō divasavuṃ niṅṅaluṭe kattinu vēṅṅi kāttirunnu. ōrō vaṅṅiyuṃ varunnatukāttụ nityavu vaikunnēraṃ ṟeyilvē sṯṯēṣanil kāvalkiṭannu. iṣṭamāṇatre…

kāttirikuka = expect, wait for, keep vigil

She had waited? For whom? And why? kāttirunnennō ? āre ? entinụ ?

Was Devi trying to pay him back in the same coin he had offered her? Was she trying to trick him?

dēvi ñān koṭutta atē nāṇayattil tiriccaṭikkukayāṇō ? enne kaḷippikkān nōkkukayāṇō ?

He felt that more strands in the web of secrecy were being spun even as he thought about them. This plot of land, the house in the middle of it and the people in it were all sinking into the quicksand of secrets. This place was also getting to be both real and unreal at the same time, like Pandavapuram. Which was the truth? Which the lie? He lost himself in the question, unable to answer it.

ōrkkuntōvuṃ rahasyaṅṅaḷuṭe valakkaṇṇikal koruttu kūṭunna tāyi ayālkkụ tōnni. toṭiyuṃ naṭuviluḷḷa koccuvīṭuṃ ati nakattuḷḷa manuṣyarumellāṃ rahasyaṅṅaḷuṭe catuppilēkkụ muṅṅipōkukayāṇụ. pāṇṭavapuratteppōletanne orēsamayaṃ yathārtthavuṃ ayathārtthavum [le vrai et le faux, le réel et l'irréel] ākukayāṇō iviṭaṃ. ētāṇụ uṇma. ētāṇụ poyụ ?

atu manassilākkānāvāte ayāl kuḻaṅṅi.

rahasyam = secret, secrecy

vala = net, network, snare, (spider's) web

kaṇṇi = a link of a chain, connection [un nœud de la toile d'areignée]

kuḻaṅṅuka = be perplexed or confused, be at a loss what to do

catuppụ = bog, swamp, marsh

Yes. I, can believe everything now.uvvụ. enikkippōl ellāṃ viśvasikkān kaḻiyuṃ.

viśvasikkuka = to believe, to trust

kaḻiyuka = to conclude, to be competent [Je dois me résoudre à croire tout cela]

The thin fog between truth and fantasy has disappeared long since. Everything is true.

saṅkalpattinuṃ satyattinumiṭaykkulla nērtta jalarēkhakal ennē māññukaḻiññu ! ellā satyamāṇụ.

His tired face and that unseen queer world of Pandavapuram which gave it birth and the Devi temple are all true.

pāṇḍavapuram enna nēril kkāṇātte vicitralōkavuṃ

Et le monde multicolore invisible en réalité qui a pour nom Pândavapuram

enna = (adj.) that which is called…

nērụ = truth, straitforwardness, real fact

kāṇā = (adj.) unseen < (verbe) will not be seen

vicitra = multicolore, étrange, curieux [fantasmagorique]