ETHNOGRAPHIE MALAYĀḶAM ET PHILOSOPHIE EN ASIE DU SUD

Anthropologie sociale en Inde et Asie du sud
Concepts et actualités

Jean-Claude Galey et Francis Zimmermann

Cycle 2018–2019

La première séquence de notre programme sur le thème de l'anthropologie politique s'est ouverte sur une distinction entre: — le politique, c'est-à-dire le champ social des institutions et des pratiques politiques, catégorie universelle, invariante, que toutes les sociétés travaillent; —  la politique, à savoir la variété moderne, globalisante, sous laquelle se présente le politique sur la scène contemporaine en Inde depuis l'Indépendance (1947) en reprenant les catégories modernes comme la démocratie, les élections, la liberté de la presse, la division des pouvoirs, etc.; — les polities, calque d'un mot anglais qui désigne les différentes formes que revêt le politique dans différentes cultures à différentes époques; les polities sont la dimension culturaliste du politique. En introduisant cette terminologie, Jean-Claude Galey adaptait à la description du champ politique dans l'Inde contemporaine une distinction forgée par Marcel Gauchet dans l'analyse de notre société (la société européenne ou occidentale). Observant sur la longue durée — depuis quarante ans — l'évolution contemporaine des polities traditionnelles dans des Etats princiers qui ont échappé à la colonisation directe, Galey concluait à une mutation profonde qui peut se formuler ainsi: les polities sont contaminées par la politique. Dans la mesure où les personnages qui exerçaient jadis le pouvoir à travers la fonction royale ont réussi à conserver leur position dominante dans le champ politique local, c'est la politique moderne qui leur donne le pouvoir, les polities anciennes ne leur donnent seulement que les réseaux locaux sur lesquels ils peuvent s'appuyer. La fonction royale (les polities anciennes) est entrée dans le moule des institutions démocratiques (la politique moderne). Nous avons présenté ensuite les débats actuels où la politique s'empare de l'histoire autour des valeurs que transmettent les épopées sanskrites et en particulier «le complexe» d'émotions collectives cristallisées autour du Ramayana (en anglais the Ramayana syndrome), à travers une présentation détaillée du beau livre de Romila Thapar, The Past As Present. Forging Contemporary Identities Through History (New Delhi, 2014).

Pour répondre aux attentes d'une partie de l'auditoire qui souhaitait voir associer l’anthropologie aux approches textuelles dans les langues de l'Inde ou qui s’intéressait aux ressources du milieu naturel, nous avons ensuite étudié l’anthropologie médicale en Inde et l’industrialisation de la pharmacie ayurvédique, puis la question de l'accès à l'eau et les savoirs sur l'eau en tant que ressource naturelle pour l'agriculture, à travers la présentation des livres de David Mosse, The Rule of Water (2003) sur le Tamilnad, et de Anupam Mishra, Traditions de l’eau dans le désert indien. Les gouttes de lumière du Rajasthan (Traduit du hindi par Annie Montaut, Paris, L’Harmattan, 2000).

Les séances de fin d'année furent consacrées aux épopées régionales dans leur contexte ethnographique, historique et politique et dans la langue vernaculaire de la région concernée. Jean-Claude Galey présenta en détail la Geste orale de Siri au Tulunad et en langue tulu. Comme textes de littérature orale et comme performances devant un auditoire, les épopées orales, locales ou régionales exercent ce que Blackburn et Flueckiger (Oral Epics in India, 1989) appellent «une énorme force culturelle», ce que les sociolinguistes appellent «une énorme force perlocutoire» sur la communauté de parole qui les reçoit, et ce que Jean-Claude Galey au séminaire, pour éviter le jargon (effet perlocutoire d'après Austin, métonymie référentielle d'après Foley), décrivait comme «une puissante mise en présence avec l'imaginaire collectif de la communauté».

La série des «Arguments» mis en ligne ci-dessous dans l'ordre chronologique
constitue un ensemble détaillé de comptes rendus des séances du séminaire.